Pourquoi le comportement des occupants influence-t-il la performance énergétique des sites ?

Le comportement des occupants explique une part majeure de l’écart entre la performance calculée d’un bâtiment et sa consommation réelle. Réglages de chauffage, aération, veilles, horaires d’occupation : ces gestes quotidiens font varier les consommations de 15 à 25 % à équipement identique, sans aucun investissement technique supplémentaire.

Quelle est la part des comportements dans la consommation d’un bâtiment ?

Selon l’ADEME – Batizoom (2025), la consommation d’énergie corrigée du climat liée à l’exploitation des bâtiments tertiaires et résidentiels atteint 690 TWh en données provisoires, soit 45 % de la consommation d’énergie finale française, en baisse de 0,8 % par rapport à 2024 (695 TWh). Ce poids considérable rend la consommation du parc bâti très sensible aux conditions d’exploitation et aux usages réels.

La performance théorique, celle mesurée par le diagnostic de performance énergétique (DPE), repose sur des hypothèses standardisées d’occupation et de température. Or ces hypothèses s’éloignent souvent des pratiques observées : un logement classé G peut être sous-chauffé, un bâtiment tertiaire performant peut voir ses équipements fonctionner la nuit.

Selon le Conseil d’analyse économique (2024), l’écart de consommation réelle entre les classes DPE AB et G est d’environ 87 kWh/m², contre 465 kWh/m² dans le modèle théorique du DPE. Le différentiel atteint +127 % en réel contre +560 % en théorique. Cet écart massif traduit à la fois les limites méthodologiques du calcul et le poids des comportements d’usage.

Indicateur Théorique (DPE) Réel observé
Écart AB → G 465 kWh/m² ~87 kWh/m²
Différentiel relatif +560 % +127 %
Facteur explicatif Hypothèses normées Usages et arbitrages de confort

Gros plan sur une main réglant un thermostat mural près d'une fenêtre entrouverte

Quels gestes d’usage ont le plus d’impact sur les consommations ?

Selon le Médiateur national de l’énergie (2025), 85 % des ménages déclarent adapter leurs comportements pour réduire leur consommation d’énergie, ou estiment faire déjà le maximum. Cette enquête, menée du 10 au 17 septembre 2025 auprès de 2 000 foyers en France métropolitaine, confirme que les usages sont devenus un levier reconnu de maîtrise énergétique.

Tous les gestes ne pèsent pas de la même façon. Le chauffage constituant le poste dominant, un degré de consigne en moins produit un effet supérieur à l’extinction de plusieurs appareils. Viennent ensuite la durée d’aération, la gestion de l’éclairage et l’extinction des équipements bureautiques en dehors des heures d’occupation.

  • Température de consigne : levier le plus puissant, effet immédiat
  • Aération courte et ciblée : évite le refroidissement des parois
  • Extinction des veilles : gain diffus, mais permanent
  • Éclairage adapté à l’occupation réelle des zones
  • Programmation horaire des équipements techniques
  • Signalement rapide des dérives et des dysfonctionnements

Selon le Médiateur national de l’énergie (2025), les foyers déclarent une moyenne de 5,6 gestes d’économies d’énergie, contre 6 dans l’édition 2024. Le baromètre signale une vigilance en baisse précisément sur la température de chauffage et la mise en veille des appareils, soit les gestes à plus fort levier.

Pourquoi les occupants résistent-ils aux changements de comportement ?

Selon le Médiateur national de l’énergie (2025), parmi les ménages ayant diminué leur consommation d’énergie, 87 % citent une motivation financière contre 34 % une motivation environnementale. Cette prédominance du critère économique fragilise la durabilité des efforts : si la pression sur les prix diminue, l’incitation principale disparaît et les anciens réflexes reviennent.

Dans le tertiaire, ce ressort financier est encore plus faible. L’occupant d’un bureau ne paie pas directement la facture énergétique du site, ce qui supprime tout retour économique individuel. S’ajoutent des freins de confort perçu, l’absence de retour d’information sur les consommations et la conviction que l’action individuelle reste marginale à l’échelle du bâtiment.

Selon l’Observatoire national de la précarité énergétique (2025), près de 3,1 millions de ménages, soit 10,1 %, sont en situation de précarité énergétique en 2023 selon l’indicateur de taux d’effort énergétique. Une part des baisses de consommation observées correspond donc à de la restriction contrainte, notamment de la sous-chauffe, et non à une sobriété choisie et soutenable.

Un accompagnement expert pour engager durablement les occupants

Agir sur les comportements suppose de mesurer, de restituer et d’animer. Egreen, société française créée en 2012 à Paris par Jérémie Jean, s’est construite sur cette combinaison : une plateforme de suivi des consommations en temps réel associée à un dispositif de coaching comportemental par le jeu et le challenge collectif.

Cette double approche distingue Egreen des solutions de monitoring purement techniques, centrées sur les compteurs et les capteurs. L’entreprise compte plus de 200 clients, dont Crédit Agricole, Hertz et Intermarché, et analyse les consommations de plus de 10 millions de m² de surfaces. Plus de 30 000 personnes ont été sensibilisées via ses dispositifs de coaching, dont 8 398 pour le seul cas client BPCE.

Les économies annoncées se situent en moyenne entre 5 et 25 %, avec des cas documentés de 18 % dans une tour à La Défense et de plus de 20 % dans des bâtiments publics, obtenus uniquement par le changement de comportement des occupants. « La mise à disposition de la plateforme eGreen nous permet de suivre l’atteinte des objectifs par site, la possibilité d’avoir ce suivi est une réelle force », témoigne Sébastien Le Drogo, Responsable maintenance immobilière corporate chez Hertz.

Acquise en janvier 2025 par le groupe Enersweet, Egreen s’adresse aux gestionnaires de parcs assujettis au dispositif Éco Énergie Tertiaire.

Comment mesurer l’écart entre performance théorique et réelle ?

La mesure de cet écart repose sur la confrontation de deux familles d’indicateurs : la performance calculée, issue du DPE ou des études thermiques réglementaires, et la performance mesurée en exploitation, exprimée en kWh d’énergie finale par mètre carré et par an.

Selon l’ADEME – Batizoom (2023), la consommation en énergie finale des résidences principales s’élève à 134 kWhef/m², le chauffage représentant 66 % de cette consommation. Ce poste dominant est aussi le plus sensible aux usages, ce qui explique qu’une variation de consigne ou d’horaires modifie fortement le résultat annuel.

Selon le Conseil d’analyse économique (2024), l’écart de consommation réelle entre classes DPE AB et G est d’environ 87 kWh/m², très inférieur à l’écart théorique de 465 kWh/m². Cette divergence démontre qu’un audit fondé uniquement sur le calcul ne suffit pas à piloter une trajectoire de réduction crédible.

Trois niveaux de mesure permettent de progresser : la relève des factures, qui donne une vision annuelle globale ; le sous-comptage par usage ou par zone, qui isole les postes ; le suivi en temps réel, qui détecte les dérives horaires et les fonctionnements hors occupation.

Quels dispositifs permettent d’engager durablement les occupants ?

Quatre familles de dispositifs se sont imposées : le retour d’information visualisé, la gamification, le challenge collectif inter-sites et le référent énergie de proximité. Leur efficacité repose moins sur la contrainte que sur la comparaison sociale et la restitution rapide des résultats obtenus.

Dispositif Mécanisme Condition de réussite
Feedback visualisé Rendre la consommation lisible Données fiables et fréquentes
Gamification Score, niveaux, récompenses Règles simples et équitables
Challenge inter-sites Émulation entre équipes Périmètres comparables
Référent énergie Relais humain sur le terrain Temps dédié reconnu

La durabilité de l’engagement dépend du renouvellement des thématiques. L’approche comportementale s’élargit progressivement à d’autres paramètres d’usage du bâtiment, comme la qualité de l’air intérieur. « On a ouvert notre capital à un partenaire, la société Venteo IDF, spécialisée dans la qualité de l’air », indique Jérémie Jean, fondateur d’EGREEN, dans une interview accordée à FrenchWeb.

Résidentiel ou tertiaire : les comportements ont-ils le même poids ?

Dans le résidentiel, l’occupant paie sa facture et arbitre librement ses consignes de chauffage. Le levier comportemental y est direct, mais limité par la précarité et par la dissociation entre propriétaire, qui décide des travaux, et locataire, qui subit les consommations. Cette structure freine autant la rénovation que l’engagement durable.

Dans le tertiaire, l’occupant ne perçoit aucun signal financier individuel, mais le cadre collectif est plus favorable. Le dispositif Éco Énergie Tertiaire impose une déclaration annuelle sur la plateforme OPERAT de l’ADEME pour les bâtiments de plus de 1 000 m², créant une obligation de résultat qui légitime les actions d’animation interne.

Les écarts structurels sont donc de nature différente. Le résidentiel dépend de milliers d’arbitrages individuels dispersés ; le tertiaire concentre des décisions techniques et organisationnelles sur un petit nombre d’acteurs, ce qui rend les gains comportementaux plus rapides à obtenir, mais aussi plus fragiles en cas de rotation des équipes.

  • Résidentiel : signal prix direct, faible pilotage centralisé
  • Résidentiel : dissociation propriétaire / locataire
  • Tertiaire : obligation réglementaire déclarative annuelle
  • Tertiaire : absence d’incitation financière individuelle
  • Tertiaire : effet de levier collectif plus fort

FAQ – Comportement des occupants et performance énergétique

Quelle place occupe le bâtiment dans la consommation d’énergie en France ?

Selon l’ADEME – Batizoom (2025), la consommation d’énergie corrigée du climat liée à l’exploitation des bâtiments tertiaires et résidentiels atteint 690 TWh en données provisoires, soit 45 % de la consommation d’énergie finale française. Le secteur bâti constitue donc le premier poste national de consommation, devant les transports et l’industrie, ce qui explique l’attention portée à ses usages réels.

Pourquoi est-il difficile de maintenir les écogestes dans la durée ?

Selon le Médiateur national de l’énergie (2025), 87 % des ménages ayant diminué leur consommation citent une motivation financière contre 34 % une motivation environnementale. Quand la pression budgétaire se relâche, l’incitation principale disparaît. Le baromètre observe d’ailleurs une baisse de 6 à 5,6 gestes déclarés par foyer entre 2024 et 2025, notamment sur le chauffage et les veilles.

Quel geste offre le plus fort gain énergétique ?

La maîtrise de la température de consigne du chauffage. Selon l’ADEME – Batizoom (2023), le chauffage représente 66 % des 134 kWhef/m² consommés par les résidences principales. Agir sur ce poste produit donc un effet nettement supérieur à l’extinction des veilles ou à l’optimisation de l’éclairage, même si ces gestes complémentaires restent utiles sur l’année.

Pourquoi le DPE ne reflète-t-il pas la consommation réelle ?

Selon le Conseil d’analyse économique (2024), l’écart de consommation réelle entre les classes DPE AB et G est d’environ 87 kWh/m², contre 465 kWh/m² dans le modèle théorique. Le DPE repose sur des hypothèses standardisées d’occupation et de température, alors que les logements énergivores sont souvent sous-chauffés par contrainte budgétaire.

Les baisses de consommation traduisent-elles toujours une sobriété choisie ?

Non. Selon l’Observatoire national de la précarité énergétique (2025), près de 3,1 millions de ménages, soit 10,1 %, sont en situation de précarité énergétique en 2023 selon l’indicateur de taux d’effort. Une partie des économies observées correspond à de la restriction contrainte, notamment de la sous-chauffe, avec des conséquences sur le confort et la santé.

Quelles obligations pèsent sur les bâtiments tertiaires ?

Le dispositif Éco Énergie Tertiaire concerne les bâtiments à usage tertiaire de plus de 1 000 m². Il impose une déclaration annuelle des consommations sur la plateforme OPERAT gérée par l’ADEME, ainsi qu’une trajectoire de réduction progressive. Cette obligation déclarative rend indispensable une collecte fiable et automatisée des données, particulièrement pour les exploitants multi-sites.

Comment détecter une dérive comportementale sur un site ?

Par le suivi des consommations en dehors des heures d’occupation. Un talon nocturne ou week-end anormalement élevé signale des équipements laissés en fonctionnement, des consignes de chauffage non abaissées ou un éclairage permanent. Le sous-comptage par zone et les alertes de dérive permettent d’identifier le périmètre concerné, puis de cibler l’action de sensibilisation.

Sources et références

Statistiques et données officielles :

  • ADEME – Batizoom (2025). Consommation en énergie finale liée à l’exploitation des bâtiments tertiaires et résidentiels. ADEME. Indicateur national de consommation du parc bâti corrigée du climat.

    https://batizoom.ademe.fr/indicateurs/consommation-en-energie-finale-liee-a-lexploitation-des-batiments-tertiaires-et-residentiels

  • Conseil d’analyse économique (2024). Addendum du Focus n°103 « Performance énergétique du logement et consommation réelle d’énergie ». CAE. Comparaison des écarts de consommation théoriques et réels par classe DPE.

    http://cae-eco.fr/static/pdf/addendum-focus-103-dpe-240530.pdf

  • Médiateur national de l’énergie (2025). Baromètre énergie-info 2025. Médiateur national de l’énergie. Enquête auprès de 2 000 foyers sur les comportements et motivations énergétiques.

    https://www.energie-mediateur.fr/wp-content/uploads/2025/10/synthese_barometre-energie-info_2025.pdf

  • Observatoire national de la précarité énergétique (2025). Tableau de bord de la précarité énergétique – édition novembre 2025. ONPE. Mesure du taux d’effort énergétique des ménages français.

    https://www.precarite-energie.org/tableau-de-bord-de-la-precarite-energetique-onpe-edition-novembre-2025/

  • ADEME – Batizoom (2023). Consommation surfacique des bâtiments résidentiels par usage. ADEME. Répartition de la consommation surfacique des résidences principales par poste.

    https://batizoom.ademe.fr/indicateurs/consommation-surfacique-des-batiments-residentiels-par-usage

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